• L'homme pense parce qu'il a une main.
    (Anaxagore 500-428 A-JC)

CROIX CHAMPÊTRES

Dans le cadre des journées du patrimoine de septembre 2017, l’association CHAMPreCUEIL, en accord avec la municipalité, prévoit de mettre en valeur notre rude et belle église. Faire  revivre un peu de notre patrimoine disparu avec la découverte historique de l’édifice, accompagnée d’une animation médiévale en costumes et en musique, tel est le projet.

Champcueil n’a  conservé de son passé médiéval que son église, en effet, mais il faut rappeler qu’il y a quelques siècles, la bâtisse cultuelle avait cohabité avec le château

Croix treflée des Dames Blanches 2017

de Champcueil, avec deux chapelles[1] détruites et un couvent.  Il convient d’ajouter à  ces vestiges les dizaines de croix ou calvaires également disparus, qui jalonnaient les chemins.  Évoquer ces symboles disparus, c’est l’objet de ce court article, qui présente l’ultime croix encore dressée dans le village.

À Champcueil comme partout en France, d’innombrables croix marquaient le territoire. Expression de l’intensité des croyances sous l’ancien régime, cette symbolique omniprésente témoignait de l’influence connexe des pouvoirs religieux et seigneuriaux.  Sur les terriers[2] de Villeroy, établis avant la Révolution, des dizaines de  croix étaient signalées pour la paroisse de Champcueil, autant de rappels à  la soumission que les serfs et les manants devaient à  leurs maîtres nobles et ecclésiastiques. Devenu commune à la Révolution, le village a vu peu à  peu disparaître ces objets de dévotion vicinale et rurale.  En 1950, il ne restait que trois croix,  vestiges des temps anciens. On en trouvait encore deux en 1980 et une seule aujourd’hui. Nous allons brièvement rappeler la présence passée de ces signes de foi, disparus par réduction des croyances religieuses mais également par nécessités d’urbanisme, par vandalisme et autres causes.

Une galerie de photos, placée à  la fin, détaille les deux derniers vestiges métalliques de ce passé.

(Cliquer sur les photos pour agrandir)

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Jusqu’en 1866, on pouvait encore observer  le calvaire et les croix tombales qui peuplaient l’ancien cimetière, ce « camposanto »  traditionnel qui jouxtait l’église au nord.

Monument inaugural du cimetière 1866

Il disparaitra  sous la mandature de Mr Dejoye, maire de Champcueil de 1860 à  1871, qui allait créer le nouveau cimetière, situé à l’extérieur du village[3]. Des chemins allaient être tracés sur la place dégagée de ses sépultures, des tilleuls plantés et la Place de l’Église allait devenir en 1866 la place publique du village.

Au centre du nouveau cimetière, on peut encore voir une croix de pierre inaugurale surmontant un socle portant inscrit l’évènement :

«  Ce cimetière a été inauguré en l’année 1866 sous l’administration municipale de Mr Dejoye maire. » 

Les deux chapelles édifiées  sur la commune présentaient jadis sur leurs parvis des croix distinctives. Une première chapelle se dressait à  Beauvais au lieudit « Le Gazon ». D’abord dédiée à  Sainte Catherine de la Couture  puis en 1410 à  Sainte Catherine, elle allait être dédiée au 16 ème siècle  à  Saint Michel et enfin à  Saint Hubert, jusqu’à sa démolition vers 1850.  La seconde chapelle située au nord de Champcueil avait été élevée à la fin du XVme siècle en hommage à l’influent Thibault, abbé des Vaux de Cernay, qui fut un proche de Louis IX[4] et de la famille royale.

Il ne reste rien de ces deux vestiges démolis il y a près  de deux siècles, mais il subsistait en 1950 trois croix métalliques anciennes. Nous allons les examiner dans l’ordre de leur disparition.

1/  Sur Beauvais, une croix rustique en fer forgé était plantée le long de la rue « Tambonneau ou d’en Hault » à l’endroit où sera créée dans les années 1950, la Place Adeline. Il n’existe aucune photo connue de cette croix, disparue lors de la destruction de la maison de Madame Adeline Guérin[5], par décision municipale.

 

Beauvais. Terrier de Villeroy 1759

Madame Adeline Guérin en 1950. Cette beauvaisienne possédait la maison (260) située au milieu du carrefour Après son décès, sa maison sera rasée  et l’espace deviendra la Place Adeline. 

2/ La seconde croix disparue est celle de Noisement. Réalisée en fonte d’art par la fonderie Barbezat, du Val d’Osne (Haute-Marne) elle avait été érigée vers 1860. Il est possible que cette « croix de mission[6] » ait été offerte par l’industriel Charles Leroy. Propriétaire  du quart de la commune, la famille Leroy avait effectué diverses donations et travaux dans l’église et l’on peut supposer qu’elle ait également financé cette croix.

 

La croix de Noisement  ne portait pas de date sur son socle, mais on y retrouvait les principaux symboles chrétiens, présents sur les croix de

Croix de Noisement 1950

missions : le tétramorphe  personnalisant les quatre rédacteurs des évangiles canoniques, une madone à l’enfant, des angelots, une étole de prêtre, plusieurs croix en abyme et une inscription JHS, monogramme de Jésus en grec.

Vandalisée une première fois en 1990, la croix réparée  fut à  nouveau vandalisée et définitivement brisée  quelques années plus tard .

La galerie de photo détaille les éléments de cette croix disparue, d’après  une croix de mission identique érigée à  Marlieux[7], petite bourgade de la Dombes, dans l’Ain.

3/ La seule croix antique encore dressée dans le village est une croix tréflée  -on dit aussi bourgeonnée-  située à l’entrée du Chemin des Dames Blanches[8].

Il s’agit d’un objet rustique, très ancien, de fer forgé en carré  et portant à  son sommet trois trèfles forgés dans la masse. Cette symbolique, représentant la Sainte Trinité était déjà utilisée par les Templiers, aux côtés  de leur croix pattée.

On ne dispose à  ce jour d’aucune information  sur l’origine de cet ultime vestige champcueillois.

Bernard Pacory

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Ont participé à la réalisation de ce document et photos: Bernard Giudice, Champcueil. Denise Dias, Marlieux 01240, Chantal Pineau-PACORY, Corbeil. Pour l’association CHAMPreCUEIL : Gilles Leboucq, Gérard Follet, Robert et Rolande Pinoy.

 

[1] CF  lien :http://jours-de-fete.fr/2017/02/les-chateaux-de-champcueil/ 

[2] Les terriers étaient des plans, dressés par les nobles et le clergé, pour marquer leurs possessions. Ils valaient « droit de propriété». On remarque deux croix sur l’extrait de terrier montrant le centre du hameau de Beauvais: devant la chapelle St Hubert et rue Tambonneau.

[3] En 1857, les familles alliées Leroy et Menet allaient faire donation d’un terrain de 35 ares, 97 centiares pour l’installation du cimetière, une donation assortie de lourdes réserves privées  concernant les sépultures passées et à  venir des  familles donatrices. Après des mois de tractations entre la préfecture, la municipalité et les donateurs, la donation sera refusée par la municipalité, du fait des contraintes privées remettant en cause le caractère public de l’usage du cimetière municipal. Le terrain sera finalement acheté par la commune à l’aide d’un emprunt souscrit auprès de la caisse des dépôts et consignations. (Délibérations du Conseil municipal du 3 août 1862)

[4] Fils de Blanche de Castille, Louis IX, dit « le prud’homme », (1214-1270) est plus connu sous le nom de Saint Louis.

[5] Adeline Guérin, « Mademoiselle Adeline » pour le village, était co-propriétaire de la maison qu’elle n’habitera qu’à la fin de sa vie. Couturière, elle avait passé de nombreuses années comme demoiselle  de compagnie chez monsieur Métaut, maire adjoint, qui avait perdu sa femme. Au décès de Mr Métaut,  Adeline ira vivre dans sa maison le reste de ses jours. 

[6] Sous Charles X, pendant la seconde Restauration, de nombreuses « missions » avaient été organisées dans les campagnes, afin de  restaurer la croyance et les pratiques religieuses, en voie d’abandon après la révolution. Une croix de mission était  souvent érigée en souvenir de ces tentatives de rechristianisation  de la population, qui ont perduré  jusqu’au début  du XX me siècle.

[7] Galerie photo: les photos de la croix de Marlieux ont été réalisées par Mme Denise DIAS, historienne locale.

[8] On a supposé que « Dames Blanches » pouvait se rattacher à  des moniales  du Couvent de Champcueil, lequel dépendait des Chartreux. Des moniales résidentes  du couvent et portant leur robe de lin blanc caractéristique, auraient alors  transmis le nom poétique de Dames Blanches au chemin qu’elles empruntaient.

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